Fiche technique
- Titre : Sarabande provençale (II)
- Date : 1948
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 45 x 54 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1948, André Breuillaud développe plusieurs compositions figuratives consacrées à la danse, à la procession et aux rites populaires. Ces scènes collectives lui permettent de concilier énergie du mouvement et rigueur d’organisation, dans une iconographie fortement marquée par la Provence et par l’idée d’un folklore intemporel.
Sarabande provençale (II) s’inscrit au plus près de Sarabande provençale (I) (AB-PR-1948-004), œuvre de très grand format datée de la même année. Par son échelle plus réduite, cette seconde version peut se lire comme une variation resserrée, qui conserve l’esprit de frise chorégraphique tout en concentrant la scène autour du noyau gestuel central.
Description plastique / stylistique
La composition se déploie comme une frise en mouvement : un groupe de figures stylisées avance de gauche à droite, dans une cadence de pas, de torsions et de bras levés. Au centre, un personnage masculin coiffé d’un chapeau, vêtu d’un bleu profond, structure la scène ; autour de lui, des silhouettes féminines aux robes roussâtres ou jaune pâle, portant des paniers, scandent le rythme par des alternances de diagonales et de courbes.
Les corps sont traités en aplats colorés, fermés par des contours sombres. Les visages, réduits à des masques, participent d’une stylisation volontaire qui privilégie le signe et la dynamique générale plutôt que le portrait. Les jambes, anguleuses et allongées, accentuent l’impression de danse et de déplacement.
Le fond demeure peu descriptif : une ligne de relief verdâtre et la présence de grandes branches sinueuses, comme une voûte, suffisent à situer l’action dans un paysage provençal synthétisé. La palette associe terres rouges et bruns, verts sourds et accents plus vifs (bleu central, touches ocre et jaune), le tout unifié par une dominante chaude rosée-orangée.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son sujet et sa structure en bande, Sarabande provençale (II) appartient au corpus des scènes collectives où Breuillaud pousse la simplification de la figure jusqu’à une forme d’idéogramme. La composition privilégie la répétition, la cadence des pas et l’équilibre des masses, dans une conception proche du décor mural.
La comparaison avec Sarabande provençale (I) éclaire la fonction de cette seconde version. L’œuvre de grand format (89 x 116 cm) amplifie la frise et intensifie les contrastes : elle dramatise la scène par une palette plus tranchée et une mise en espace plus théâtrale. Sarabande provençale (II), tout en reprenant la même matrice, se concentre sur la lisibilité du motif : l’effectif des figures paraît resserré, les rapports de formes plus immédiats, et l’accord chaud du fond renforce l’unité générale. Le dialogue entre les deux œuvres révèle une recherche de variation sur un même thème, entre puissance décorative et mise au point d’un rythme pictural.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1948 est cohérente avec la stylisation radicale des figures, l’organisation en frise et l’intensité chromatique caractéristiques des compositions figuratives de l’immédiat après-guerre, telles qu’elles apparaissent dans Sarabande provençale (I), datée de la même année.
L’attribution à André Breuillaud est étayée par la cohérence stylistique (aplats cernés, masques, cadence de procession) et par la présence d’une signature en bas à droite. Le revers porte un cachet de fabricant de châssis, aujourd’hui peu lisible, compatible avec un support d’atelier.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
