Fiche technique
- Titre : La maison hantée
- Date : 1945
- Technique : Huile sur Isorel (HSIso)
- Dimensions : 32x41
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Ce paysage appartient à la période de l’immédiat après-guerre, lorsque Breuillaud revient avec insistance aux motifs du Vaucluse : collines en gradins, parcelles cultivées, oliviers et bâtis isolés. Sur ce support rigide (Isorel), adapté à la pratique sur le motif, l’artiste recherche une synthèse entre observation directe et construction par masses, en privilégiant une atmosphère sobre plutôt qu’un descriptif minutieux.
Le titre « La maison hantée », noté au dos avec la date, signale une intention poétique : non pas un sujet fantastique, mais la charge expressive d’un lieu solitaire, rendu étrange par le silence de la campagne, la densité du ciel et l’accentuation des vides (ouvertures sombres).
Description plastique / stylistique
La composition s’organise en larges plans superposés. Au premier plan, une pente claire (jaunes beiges et rosés) forme un vaste tapis lumineux, légèrement incliné, qui mène vers un espace de vergers. Des oliviers stylisés, réduits à des masses arrondies et des troncs sombres, ponctuent la scène et scandent la profondeur.
Au milieu, une petite maison claire, presque cubique, se détache ; une ouverture noire, fortement marquée, agit comme un point d’arrêt visuel et contribue au caractère « habité/inhabité » du motif. Plus en retrait, un bâtiment ocre plus volumineux se pose sur une terrasse, comme un bloc simplifié. L’arrière-plan est fait de collines traitées en bandes et en facettes douces, où les terres brunes et les verts sourds alternent.
Le ciel, bleu profond et densément brossé, domine l’ensemble : il comprime l’horizon et accentue la sensation d’isolement. La touche reste apparente, sans empâtements excessifs : aplats brossés, reprises visibles, valeurs posées par juxtaposition plus que par dégradé. L’ensemble conserve une lisibilité figurative tout en tendant vers une simplification structurale des formes.
Analyse comparative / corpus voisin
Comparée à « Le Barroux vu de Caromb » (AB-PR1-1945-001), également sur Isorel et datée de 1945, cette œuvre déplace l’intérêt du village perché vers un motif plus humble et plus rural : vergers, parcelles, bâti isolé. On retrouve toutefois la même construction par plans superposés et la même recherche d’équilibre entre ocres chauds et contrepoints bleu-violet des lointains.
Là où AB-PR1-1945-001 insiste sur la densité architecturale (toitures, murs, promontoire), « La maison hantée » mise davantage sur l’espace vide et l’atmosphère : la grande pente claire et le ciel sombre fabriquent une tension silencieuse, annonçant, par sa sobriété, les simplifications plus systématiques qui apparaîtront dans les années suivantes.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1945 est attestée par une inscription au dos, qui mentionne également le titre. Sur le plan stylistique, la palette d’ocres et de verts sourds, la stratification du relief en bandes colorées, ainsi que la simplification progressive des volumes restent caractéristiques des paysages de Breuillaud au milieu des années 1940, avant la géométrisation anguleuse plus affirmée du cycle PR2.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
