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Non titré (1950)

AB-PR2-1950-025 Non titré

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Cette petite huile sur Isorel appartient à la charnière de 1950, moment où Breuillaud intensifie ses recherches sur le paysage provençal en simplifiant les formes et en renforçant l’organisation par plans colorés. Le support rigide, adapté à la pratique rapide et aux reprises, favorise ici une peinture d’atmosphère : plutôt qu’un relevé topographique, l’artiste vise une synthèse sensible du relief, des cultures et de la lumière.

Description plastique / stylistique

La composition est structurée en strates horizontales : au premier plan, un champ ou coteau chaud (orangés, terre cuite) accueille une constellation de masses végétales bleu-vert et vert d’eau, posées comme des taches arrondies. Les arbres ne sont pas décrits individuellement ; ils apparaissent en volumes synthétiques, parfois rehaussés de touches violettes ou bleutées qui refroidissent l’ombre.

À mi-distance, un chemin ou une bande claire serpente et conduit vers un relief plus sombre, violet et bleu, où se détache une ligne d’architecture lointaine (silhouette de village ou de bâtiment), rendue par quelques traits lumineux. Le ciel, largement orange, agit comme un “plafond” chaud qui écrase la profondeur et renforce l’effet de résonance chromatique entre la terre et l’atmosphère.

La touche est souple et superposée : aplats frottés, reprises visibles, transitions par juxtaposition plutôt que par modelé. L’ensemble privilégie une harmonie chaude/froide (oranges contre bleu-verts) et une lecture par rythmes de taches, annonçant les constructions plus affirmées du cycle suivant sans adopter encore une géométrisation anguleuse systématique.

Analyse comparative / corpus voisin

Par son organisation en bandes et sa simplification en taches végétales, l’œuvre se situe dans la continuité des paysages sur support rigide de la seconde moitié des années 1940, mais avec une intensification chromatique et une volonté de synthèse plus radicale. Comparée aux paysages PR2 de 1950, elle conserve une douceur de contours et une fluidité atmosphérique : la construction repose encore sur des transitions souples plutôt que sur des plaques strictement polyédriques.

La présence d’un lointain violetté et d’un ciel chaud renforce la dimension “paysage-sensation”, où la lumière est traduite par la couleur elle-même plus que par la perspective. Ce type de solution prépare l’évolution de 1951, où Breuillaud tend à stabiliser davantage les plans et à densifier la charpente du motif.

Justification de datation et d'attribution

La datation « circa 1950 » est cohérente avec l’équilibre entre figuration lisible (reliefs, cultures, silhouette bâtie lointaine) et simplification déjà très avancée des masses végétales. La palette chaude (oranges, ocres) contrebalancée par des bleu-verts, ainsi que la touche par frottis et superpositions, correspondent aux recherches de Breuillaud à la charnière 1949–1951.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud