Fiche technique
- Titre : Cueillette des olives à Caromb (III)
- Date : 1950
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 54 x 81
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1950, la cueillette des olives constitue l’un des motifs majeurs de la période PR2 : un sujet rural collectif, observé à Caromb, devient pour Breuillaud un laboratoire de construction. Plutôt que de décrire un épisode anecdotique, l’artiste cherche à organiser un « théâtre de gestes » – se pencher, atteindre, porter, pousser – où figures, arbres, outils et animaux partagent un même régime de formes.
Dans cette troisième variante, la scène s’élargit et se dynamise : la récolte n’est plus seulement une action au pied des troncs, mais un mouvement d’ensemble, traversé par l’idée de circulation (déplacement, charroi) et par une charpente végétale qui surplombe et relie les acteurs.
Description plastique / stylistique
Composition horizontale dominée par un vaste sol rouge-orangé, découpé en facettes et traversé de diagonales, qui entraîne le regard vers le centre. Au-dessus, un réseau de branches épaisses, aux tons violacés et brun-rouge, forme une voûte sinueuse ; les feuillages sont traités en aplats verts (émeraude, turquoise, olive), juxtaposés comme des modules.
La scène articule plusieurs pôles. À gauche, un animal de trait sombre (âne ou mulet) se penche vers le sol, intégré au même découpage anguleux que le terrain. Au premier plan, une figure accroupie, coiffée d’un foulard clair, condense le geste de ramassage. Au centre, une silhouette bleue, projetée sur une large nappe rouge, introduit un axe de mouvement et de bascule. À droite, une figure debout, chapeau clair, pousse ou guide un dispositif de charroi : la grande roue, traitée comme un signe circulaire, contrebalance les courbes des branches.
Les contours sombres et la segmentation des plans donnent au motif une lisibilité stylisée : le paysage n’est pas un décor, mais une construction chromatique où les rouges du sol, les verts des masses arborées et les bleus ponctuels des vêtements jouent comme des forces opposées. L’ensemble conserve toutefois une dimension narrative – travail, outils, animal – maintenue à l’intérieur d’un langage post-cubiste très synthétique.
Analyse comparative / corpus voisin
La toile s’inscrit directement dans le groupe des « Cueillettes des olives à Caromb » de 1950 et dialogue avec les variantes (I) et (II). Par rapport à la version (II), centrée sur l’immersion dans l’oliveraie et le rythme accroupi/debout, cette version (III) réintroduit des signes de charroi (animal, grande roue), ouvrant la scène à l’idée de déplacement et de logistique rurale.
Comparée à la version (I), où la composition est très « scénographiée » par les emblèmes du panier/cuve, de la roue et des arcs de branches, la présente variante paraît plus tendue et plus dramatique dans ses diagonales : le sol rouge fonctionne comme un plan incliné qui entraîne figures et objets vers un centre de gravité, tandis que la voûte des branches unifie l’espace en un seul réseau.
Cette troisième version peut ainsi être lue comme une synthèse : elle conserve la narration et les indices matériels (charroi) tout en renforçant la cohérence plastique du paysage, où corps, troncs et relief se fondent dans une même architecture de facettes.
Justification de datation et d'attribution
Bien que l’œuvre ne soit ni signée ni datée, la datation vers 1950 est cohérente avec la syntaxe PR2 : palette très contrastée (ocres/rouges du sol contre verts profonds et bleus), contours sombres, volumes fragmentés, et fusion des figures avec le paysage dans un même système de plans.
Le thème de la cueillette à Caromb, traité ici avec un équilibre entre narration rurale (animal, charroi) et construction autonome, correspond précisément aux recherches menées par Breuillaud autour de 1950, avant les solutions plus systématiques et parfois plus abstraites des années suivantes.
Au revers, la présence d’une seconde composition (vue d’une petite ville et d’un port méditerranéen) indique un support réemployé, pratique fréquente dans le travail d’atelier ; elle n’altère pas l’attribution, mais éclaire le statut d’étude élaborée et de variation au sein d’un cycle.
Provenance / expositions / publications
Collection privée
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
