Breuillaud & Mascart : un même paysage à Caromb

André Breuillaud et son ami Roland Mascart séjournaient régulièrement à Caromb et peignaient les mêmes paysages. Cette page met en regard deux œuvres très proches.

André Breuillaud — paysage à Caromb (1941)
André Breuillaud — Paysage à Caromb (1941)
Roland Mascart — paysage à Caromb (1964)
Roland Mascart — Paysage à Caromb (1964)

Analyse comparative

Réalisées à Caromb, à plus de vingt ans d’intervalle, ces deux vues d’oliveraie permettent d’éclairer la singularité du regard de Breuillaud au sein d’un même cercle amical et d’un même territoire pictural.En 1941, l’artiste élabore, dans une série de paysages provençaux, une écriture condensée où l’olivier et la ligne de crête deviennent de véritables motifs structurants. L’œuvre (huile sur carton) privilégie une construction par plans : sol ocre et pierreux au premier plan, frise d’oliviers au centre, masse du relief au fond. La profondeur s’y organise moins par la perspective que par un contraste thermique assumé — orangés, jaunes sourds et terres contre verts et bleus refroidis — et par une touche vive qui laisse parfois affleurer le support, comme dans une étude directe visant à fixer l’essentiel des rapports de formes et de couleurs.

La toile de Roland Mascart (1964) reprend le même thème carombais — oliviers torsadés, clairières, alternance d’ombres et de lumières — mais l’inscrit dans une conception plus atmosphérique et descriptive. L’espace s’y ouvre davantage : une clairière centrale conduit le regard vers le fond, où se devine une présence bâtie, introduisant un repère humain et une profondeur narrative.Les transitions chromatiques, plus graduées, et le modelé plus enveloppant des feuillages donnent au paysage une qualité d’air et de distance, là où Breuillaud tend à synthétiser et à hiérarchiser en masses.

Cette confrontation révèle ainsi deux manières de “faire Caromb” : chez Mascart, une lecture sensible où la scène respire et se déploie ; chez Breuillaud, une formulation plus radicale, qui transforme l’oliveraie en architecture picturale.L’olivier n’y est pas seulement un arbre : il devient un signe rythmique, un pivot de la composition, et le paysage se construit comme un équilibre entre lignes sinueuses et grands aplats, au service d’une cohérence formelle.

Texte : Bruno Restout

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